Meuilebeik a une image populaire par excellence “mo” a pourtant toujours été dotée d’une personnalité multiple. Si, depuis trente ans, son caractère multiculturel est une évidence, elle a été autrefois bourgeoise en même temps qu’industrielle et rurale. 
Le malheur, dans ce temps-là, c’était le système de paie (preie) hebdomadaire pour les faibles, qui allaient  directement en dépenser une partie au bistrot (stammenei). Ça est fou, le nombre de cafés qu’il y avait près des lieux de travail ! Et le soir (oevet), ils étaient bourrés de monde (boumvol) ! A cette époque, voir des soulards, ça était courant : des “zattenkul”, des “pottepei” qui criaient, chantaient à la rue en se tenant l’un l’autre et en “wagelant” d`un côté à l’autre de la rue… Dans bon nombre de cafés, il y avait un palier après les escaliers d’entrée et là, on allait chercher de la bière (bee) à la cruche (kroeïk) : “Ne leeter Faro”, sans devoir entrer dans le café, par la tablette d’un guichet. Ça était discret. 
Les trottoirs étaient propres. Comme sur la place Wauters-Koeckx, il y avait de grandes dalles en pierre (stien) bleue. Toutes les semaines, les femmes (vrae) récuraient au savon brun (broeïn ziep) trottoir et marches d’entrée, qui devenaient alors effectivement bleus. Les ménagères étaient fières de leur trottoir. Mais il n’y avait pas d’électricité à la maison, donc, aucun appareil ménager : c’était “tout à la main”. Les caves servaient alors autant que possible comme “frigos” quand elles n’étaient pas espaces d’habitation.
Les cuisines (keuke) avaient en général une fenêtre dont seulement 60 cm dépassait du niveau du trottoir. La cuisine-cave, le soir, c’était un peu de clarté dans beaucoup de noir (zwet). Même la journée, ça était pas terribel ce qui entrait de clarté dans cette pièce. 
 
Pour l’éclairage, il y avait le bec Auer avec manchon, alimenté par le gaz de ville. Le manchon était la partie éclairante du bec Auer, l’ampoule actuelle en somme. Pour éviter son usure trop rapide, on modérait l’intensité d’éclairage. Certaines maisons avaient des compteurs où on payait de suite le gaz qu’on consomme en introduisant des pièces de 25 centimes (vaïeventwintegh) dès que l’éclairage faiblit et que la lampe va s’éteindre.

C’est aussi dans la cuisine-cave que se passaient les séances de “bain” du samedi. On y installait la “salle de bain” (badkoemer), ce qui se résumait à accrocher un drap (loeke) dans un coin aux clous fixés dans les murs de chaque côté. Une chaise, un seau d’eau, savon, (stoêl, iemmer mè woeter, ziep) etc. Les grandes sœurs à tour de rôle changeaient l’eau et hop ! Derrière le rideau. Les parents se lavaient probablement quand les enfants dormaient, quant aux petits, on les lavait dans la bassine.” 

L’enfance était pauvre à Meuilebeik, comme celle de tant d’autres Brusseleir des quartiers populaires vers 1920. “Mais il y avait du travail, en ce temps-là ! Dès le quatrième degré fini, hop ! On allait travailler ! Mais on ne gagnait pas le Pérou, “Vè ne appel en en aar. Verstoet : zu gezeit vè niks”. “Une pomme et un œuf, autant dire rien du tout”. En ce temps là, on allait apprendre un métier, ça commençait par balayer proprement l’atelier avec la brosse (beustel) en fagot, faire des petites courses (commeese) et passer l’une ou l’autre chose à un ouvrier. Parce qu’il fallait tenir les deux yeux (de twie üeghe) grands ouverts pour apprendre quelque chose. Il y avait bien des ouvriers qui te montraient et te laissaient faire quelque chose, mais ce n’était pas toujours le cas. ll fallait “voler le métier”, comme on disait. Et quand tu pouvais faire quelque chose et que tu te faisais très mal, on riait de toi en disant “Bien, garçon, c’est le métier qui rentre ! Tu fais des progrès !”
 
 

 

 

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